La Vallée Dérangeante

 
Sony
 
 
La vallée dérangeante serait une zone particulière de l’esprit humain qui selon certains chercheurs tiendrait lieu de champ de bataille à un conflit psychologique induit par la ressemblance entre un être humain et une machine. Le revers de la médaille anthropomorphique, en quelque sorte, qui pousserait l’humain à assimiler facilement un objet familier à sa propre image sans supporter pour autant qu’il lui ressemble trop. Par peur de perdre sa suprématie ?
 
Si la dénomination de vallée dérangeante est attribuée au roboticien japonais Masahiro Mori (qui a expliqué le phénomène dans sa branche en 1970), le concept était connu avant. L’inquiétante étrangeté évoquée dès le début du 20ème siècle par Sigmund Freud, ainsi que la réaction équivoque de l’être humain face à une représentation trop fidèle de son image s’agissant d’objets inanimés tels que poupées et automates, posaient déjà question.
 
En robotique, le terme désigne donc la répulsion provoquée par l’apparence « trop humaine » d’un robot. Car si jusqu’à un certain point la similarité le rend sympathique, il semble qu’une trop grande ressemblance provoque tout à coup un malaise difficile à contenir. Malaise qui viendrait d’un réflexe naturel : l’instinct de conservation. En effet, si parfait soit-il, un robot recèle d’infimes différences, apparentées dans l’inconscient de l’humain à des tares qui le relègueraient au statut de personne gravement malade, voire cadavérique. Cela provoquerait un rejet lié à la sélection naturelle, et relevant de normes sociales qui ne seraient ici pas respectées.
 
Uncanny Valley, la vallée dérangeante, la vallée de l'inquiétante étrangeté, la courbe de Masahiro Mori, 1970
 
Autant l’être humain est capable d’admettre qu’une entité non-humanoïde, clairement identifiée comme une machine, puisse afficher quelques aspects humains (quitte à ressentir une certaine empathie, comme il le ferait pour un animal domestique), autant il lui est difficile de consentir à se laisser abuser par une ressemblance trop parfaite. Un homme aura plus facilement tendance à personnifier sa voiture qu’à admettre qu’un robot à visage humain puisse entretenir avec lui la moindre conversation.
Une question abordée avec brio dans des œuvres comme Blade Runner ou I Robot.