Les sorcières - La réhabilitation

Si de nombreux lettrés se sont élevés contre les horreurs commises par l’Inquisition dès le 16ème siècle, il faudra attendre la moitié du 19ème pour que l’image de la sorcière évolue réellement. Le premier auteur à tenter une réhabilitation de ces soi-disant « fiancées du Diable » sera l’historien Jules Michelet dans un ouvrage publié en 1862. Troisième volet d’une trilogie consacrée à l’éloge de la femme, La Sorcière de Michelet raconte l’histoire d’une sorcière imaginaire, à la fois redoutée et adorée, éternel bouc émissaire parce qu’elle incarne les forces vitales et instinctuelles, libres et donc potentiellement subversives. L’ouvrage se conclut sur l’attente d’une « aube religieuse » où la sorcière « rentrera dans les sciences et y rapportera la douceur et l’humanité, comme un sourire de la nature ». Taxé d’obscurantisme et sans doute en avance sur son temps, La Sorcière fera scandale et sera même un temps victime de la censure.

 

La sorciere de michelet
Illustration de Martin Van Maele, 1904, pour La Sorcière de Jules Michelet

Le Culte des sorciers en Europe occidentale

L’étape décisive suivante a lieu lorsqu’une égyptologue passionnée par le folklore croit découvrir dans plusieurs sources les preuves d’une résistance païenne souterraine opposée aux pressions de l’Église en Europe. Pour Margaret Murray, les femmes traquées par l’Inquisition vouaient un culte au « Dieu cornu », une divinité de la préhistoire que le christianisme aurait par la suite assimilée au diable. Bien que contestées, les thèses de Murray, exposées dans (1921), connaissent toujours un grand succès populaire et ont fortement inspiré Gerald Gardner, le fondateur de la Wicca, ainsi que la majorité des néo-paganismes modernes.

 

Wicca
Visuel inspiré de la Wicca

 

Ancien disciple du mage Aleister Crowley, l’Anglais Gerald Gardner créa dans les années 50 un groupe religieux se réclamant d’une « antique tradition païenne et sorcière » auquel donna le nom de « Wicca », un terme qui, selon lui, signifierait « sorcellerie » en vieil anglais. S’inscrivant dans la mouvance du néo-paganisme de la première moitié du 20ème siècle, la Wicca se présente comme une religion syncrétique, mêlant chamanisme, druidisme, hindouisme, etc., les divinités des différents panthéons étant perçus comme des avatars de la Grande déesse et du Dieu cornu – considérés comme des polarités complémentaires et l’incarnation des forces naturelles. Gardner fit connaître son mouvement par le biais de deux ouvrages devenus depuis lors des best-sellers : Witchcraft today (1954) et The Meaning of witchcraft (1959), auxquels il faut ajouter le fameux Livre des ombres, devenu depuis lors un terme générique pour désigner le journal intime dans lequel les sorcières compilent leurs recettes magiques.