Le premier film à traiter du sujet sera Haxan du réalisateur danois Benjamin Christensen, sorti en 1922. Sous-titré « la sorcellerie à travers les âges » et structuré comme un documentaire, cette œuvre se veut un plaidoyer contre l’obscurantisme. Véritable nomenclature des phénomènes considérés comme des manifestations diaboliques, Haxan met en scène toutes les horreurs dont les sorcières furent accusées. En guise de conclusion, le réalisateur a recours à des explications psychologiques, telles que l’hystérie ou la psychose, interprétations qui sont à l’heure actuelle généralement adoptées pour expliquer les comportements convulsifs et les hallucinations attribués aux sorcières comme aux possédés.

Haxan, Benjamin Christensen, 1922
Les années 60 verront la sortie de plusieurs œuvres utilisant la chasse aux sorcières comme toile de fond, la plus fameuse étant Le Masque du démon réalisé en 1961 par Mario Bava, avec la splendide Barbara Steele dans le rôle de la sorcière revenue d’entre les morts (on la retrouvera trois ans plus dans La Sorcière sanglante d’Antonio Margheriti. En 1968, Michael Reeves signe Le Grand Inquisiteur dans lequel l’acteur Vincent Price incarne un inquisiteur sadique du nom de Matthew Hopkins. Le succès du film aura pour conséquence la sortie dans la foulée du très mauvais La Marque du diable signé Michael Armstrong. Plus récemment, Nicolas Cage a incarné un chevalier chargé d’escorter une femme soupçonnée de sorcellerie dans La Sorcière noire du réalisateur Dominic Sena.

Barbara Steele dans Le Masque du démon, Mario Bava, 1961
Cette image de la sorcière véhiculée par l’inquisition, entièrement maléfique, pendant négatif de la « bonne fée », subsiste surtout dans les contes et les légendes, les livres pour enfants et les dessins animés. L’archétype en est la sorcière du conte Blanche Neige (talentueusement incarnée à l’écran par Sigourney Weaver dans l’adaptation cinématographique de Michael Cohn en 1997), ou celle du conte Hansel et Gretel qui a également connu de nombreuses adaptations dès 1909 (une version 3D, dirigée par Michael Bay, devrait d’ailleurs voir le jour en 2011).

La méchante sorcière de Blanche Neige et les sept nains, Walt Disney Pictures
Dans Hocus Pocus de Kenny Ortega (1993), qui se déroule dans la ville mythique de Salem, un adolescent ressuscite par mégarde trois sorcières démoniaques. Une autre « méchante sorcière » sera au centre de l’œuvre de C. S. Lewis, Le Monde de Narnia. Adaptée à plusieurs reprises au théâtre et au cinéma, cette œuvre en 7 volumes raconte les aventures de deux enfants, Digory et Polly, qui se retrouvent transportés dans un monde merveilleux par le biais d’une armoire. Les problèmes commencent lorsqu’ils doivent se confronter à la Sorcière Blanche, une reine malfaisante qui impose au monde de Narnia un hiver éternel… Les deux premiers tomes du Monde de Narnia ont été adaptés au cinéma par Andrew Adamson en 2005 et 2008. Un troisième volet intitulé L’Odyssée du passeur d’aurore est réalisé par Michael Apted.

Les Sorcières d’Eastwick, de George Miller
Cette déclinaison radicale du personnage se retrouve également dans la silhouette de l’effrayante directrice du pensionnat de Suspiria de Dario Argento (1976) et dans celle de la très réussie sorcière du film Conan le barbare réalisé par John Milius en 1982. Mais le manichéisme sans concession qui taille la silhouette de la sorcière malveillante tire aisément vers la caricature, et la « fiancée du diable » prête alors rire. D’ailleurs, nombreuses sont les productions qui utilisent le personnage dans une visée humoristique. Ainsi, dans Les Sorcières d’Eastwick de George Miller (1987) adapté du roman éponyme de John Updike (1984), le diable, incarné par l’acteur Jack Nicholson, verra se retourner contre lui de façon pour le moins cocasse les trois femmes qu’il a dotées de pouvoirs magiques.