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Comment Beyond a été conçue

Rencontre avec les producteurs exécutifs de Beyond, Adam Nussdorf et David Eick.

Holden Matthews

Auteur: Tara Bennett


Quand la chaîne américaine ABC Family est devenue Freeform en 2016, leur programmation a connu une sorte de renaissance des genres. Alors que son public restait résolument composé d'adolescents et les « young adults », des séries comme Dead of Summer  (Horreur), Stitchers  (Science-fiction policière) et Shadowhunters: The Mortal Instruments  (Fantastique) en élargissaient la base, en séduisant un public young adults plus exigeant dans leurs choix en matière de séries TV. Beyond fut livrée avec la réputation d'un candidat sérieux, car la série est produite par Tim Kring (Heroes, Dig) et est dirigée par Adam Nussdorf et David Eick, respectivement des anciens de Lost et Once Upon a Time in Wonderland, et de Battlestar Galactica.

Beyond se concentre sur l'histoire étrange et semi-tragique de Holden Matthews, 13 ans. Un gamin d'une famille moyenne, à qui il arrive quelque chose de très étrange dans les bois, et qui le plonge dans un coma pendant 12 ans. Il se réveille donc avec un corps de 25 ans, dans un monde qui s'est transformé, y compris sa propre famille, qui a toujours gardé espoir. 
A son réveil des événements plus étranges encore se produisent, et c'est là que s'engage vraiment le récit, mélange de Big et de La Quatrième Dimension. Avec une performance séduisante et sincère de Burkely Duffield dans le rôle de Holden, et une excellente distribution en soutien, Beyond dès le pilote projette tout le pathos de l'adolescence contre de la science-fiction plutôt psyché.

Le créateur Adam Nussdorf et le producteur exécutif chevronné David Eick ont accordé une interview dans laquelle ils dévoilent comment ils ont construit leur série, en s'appuyant sur les bonnes et mauvaises expériences d'écriture récentes. 

Beyond est diffusé en exclusivité sur SYFY dans les soirées Super Tuesday, chaque mardi à 20h55, dès le 27 février 2018. > La bande-annonce.

 

Comment Beyond vous a t-elle été inspirée ?

— Adam : A la minute où on m'a expulsé de mon bureau après Once Upon a Time in Wonderland, j'ai eu besoin d'une autre idée [Rires] ! Beyond est venu du désir d'écrire un script pour une autre série. Je suis aussi un grand fan de science-fiction, donc je cherchais aussi quelque chose de fantastique. Je ne pouvais pas écrire une série médicale ou dans un tribunal. Je ne connais pas ces dimensions. La seule chose que je connais est ce avec quoi j'ai grandi, dans une famille de banlieue de la classe moyenne.
J'adore les drames familiaux, nous avons beaucoup parlé de films comme Des gens comme les autres (Ordinary People de Robert Redford, 1980), qui a eu une très grande influence, de À bout de course (Running on Empty de Sidney Lumet, 1988) et de American Beauty (de Sam Mendes, 1999). Je voulais raconter l'histoire d'une famille tourneboulée, mais où personne ne meurt. Je suis parti sur un coma, et puis une chose conduit à une autre... Gardera t-il toujours son esprit de 13 ans quand il se réveillera ? Comment cela affectera t-il sa famille ? Et la cerise sur le gâteau, c'est qu'il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur la conscience humaine, alors que se passera t-il si sa conscience était capable de voyager ? Une autre grande influence :  Charlie (Firestarter, roman de 1980) de Stephen King, et jusque où nous pouvons pousser notre cerveau si nous y sommes contraints.

— David : Tout cela était déjà en place quand je suis arrivé, mais les références avec lesquelles nous fabriquions la vie de Holden étaient non seulement similaires mais très étranges, comme dans Des gens comme les autres, qui a ouvert beaucoup de nouvelles idées. Au début, on s'était dit que nous ne voulons pas que ce soit Escape From Witch Mountain (roman de  Alexander H. Key, 1968), où un enfant qui a des pouvoirs est traqué par le gouvernement. Nous avons revu Au-delà du réel  (film de Ken Russell, 1980) , et des documentaires sur l'Ayahuasca (breuvage de chamanes d'Amazonie qui met en transe), ou sur la Particule de Dieu (The God Particle, ayant trait à la physique des particules). Ce sont des gens qui sont convaincus qu'il existe un univers inexploité, que tous les êtres vivants partagent, et dont nous ne savons presque rien. Il y a quelque chose dans l'air en ce moment à propos de ce que signifie être un être humain qui ne comprend qu'un tout petit morceau de son cerveau. Bon, tout cela nous emmène loin d'un enfant qui a des pouvoirs, mais plutôt vers des pouvoirs comme des effets secondaires accidentels, qu'il ne peut pas contrôler, venant d'un tel voyage. En fait, cela contredit la notion même de « pouvoirs », parce que celle-ci implique une intention ou un contrôle, qu'il n'a pas.

Parle t-on à travers Holden des aspects terrifiants de la puberté et du changement ?

— Adam : Quand on raconte une histoire sur l'adolescence, chacun se voit normal et bien dans son corps, mais que pouvons-nous faire à ce personnage pour le l'éloigner de la normalité ? Tout cela ramène à cette idée de grandir, et d'être à l'aise avec sa personnalité et son propre corps.

Beyond est-elle une série feuilletonnante, ce genre que vous connaissez si bien ?

(une série feuilltonnante : où les épisodes ne sont pas indépendants NDT)

— Adam : Nous n'avons pas pensé au mode binge. D'accord, certains épisodes sont plus axés sur la mythologie (la façon de documenter le récit NDT), puis après nous faisons une pause, et puis un autre épisode sera entièrement sur Holden qui sort pour un rencart... C'est un équilibre constant à trouver, surtout quand il s'agit de répartir les morceaux de la mythologie. Nous sommes tous les deux conscients qui ne faut pas trop en retenir. Quand vous savez qu'un créateur a toutes les réponses, et que le public les apprend toutes au neuvième épisode, celui-ci se demande alors pourquoi il a regardé les épisodes de un à huit ? En même temps, le mystère est une si belle chose dans la narration. Il faut donc trouver l'équilibre,  en donnant juste assez de choses à suivre, mais en retenant toujours la grosse révélation.

— David : Nous avons passé la première partie du travail d'écriture à parler de la mythologie, et non des arcs (histoires de chaque personnages NDT). Quel univers allons-nous explorer ? Quelles sont ses règles ? Quel genre de tropes (figure de rhétorique destinée à rendre un texte plus vivant  NDT)  voulons-nous utiliser, éviter ou subvertir ? Nous avons déjà été tous les deux dans des situations où une absence de planification d'une mythologie appropriée a conduit une série dans le fossé. 
Mais en même temps, je crois fermement que personne ne comprend véritablement la perte que représente l'opportunité d'une bonne idée qui est trouvée à un stade très avancé. En ce moment, les séries de genre sont souvent constituées par un beau pilote dirigé par quelqu'un qui a remporté des Oscars, et puis vous avez le sentiment que ce qui vient après n'avait aucune feuille de route. Notre série ne sera pas connu pour ça. Même quand vous ne comprenez pas tout ce qui se passe, on vous a commandé des trucs à manger [Rires].

Y a-t-il un modèle qui vous a aidé à faire votre mixture ?

— Adam : Lost était tellement bon rien qu'en se concentrant sur les personnages. Les flashbacks étaient si prenants qu'ils pouvaient faire le spectacle. C'est cette dévotion au personnage qui y a fait fonctionner la science-fiction. C'est devenu palpitant parce que vous vous intéressiez au parcours de ces personnages. Il était donc important de retrouver cet équilibre. Donc par dessus tout, le personnage et la mythologie doivent fonctionner indépendamment les uns des autres. Si vous enlever tous les trucs de la mythologie, le personnage doit avoir un arc et une histoire ancrée. Et si vous enlevez les personnages, la mythologie doit être fraîche et nouvelle et passionnante. Tout cela doit déboucher sur une grande et intrigante histoire.

La distribution est très bien, et Burkely Duffield a vraiment restitué le dilemme que connait Holden.

— David : Merci. Le cast est vraiment génial. Nous avons fait sagement tous nos devoirs, mais la télévision c'est ça (il pointe du doigt le visage de Burkely Duffield sur l'affiche NDT). Parce que nous avons eu ce gars, nous avions déjà réalisé 51% du chemin en ce qui concerne la narration.

C'est difficile de trouver un Burkely Duffield ?

— Adam : C'était difficile parce que nous ne pouvions pas passer neuf mois à chercher. Nous avons cherché à Los Angeles et à Vancouver, et nous disposions d'environ 1 mois et demi.

Combien de temps la première saison couvre-t-elle dans l'histoire de Holden dans sa nouvelle réalité ?

— Adam : Quelques semaines. Beaucoup de ces épisodes utilisent des rebonds (pick-up) directs, donc un couple d'épisodes représente juste 2 ou 3 jours. Tous font partie de la même histoire. Les épisodes se démarquent parce que Holden fait ceci ou cela, mais tous les 10 épisodes constituent une histoire très cohérente.

Merci.
Beyond dès le 27 février sur SYFY.

 

Source : Tara Bennett pour SYFY, ytraduction SYFY France.

Image : © Disney Media Distribution


Tags: Beyond   Burkely Duffield   Adam Nussdorf   David Eick  


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