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De Avatar à Alita Battle Angel : interview du producteur Jon Landau, partenaire de James Cameron

Manga, technologie, suite, et comment James Cameron conçoit ses films.

De gauche à droite : John Landau, Robert Rodriguez et James Cameron, pour Alita Battle Angel

Auteur: Todd Gilchrist


Les partenariats exclusifs à long terme sont de plus en plus rares à Hollywood, ce qui rend très remarquable la collaboration entre Jon Landau et James Cameron, qui n'a connu que des succès en salles, et aux box-office de tous les temps, à commencer par Titanic en 1997.

Ensemble, ils ont réalisé des films avec de nouvelles technologies cinématographiques qui ont permis de pousser (ou plutôt propulser) l’industrie du cinéma toute entière. Leur dernier projet commun, Alita: Battle Angel, a amené dans le groupe le réalisateur Robert Rodriguez, un ami de longue date de Cameron, pour l'adaptation du célèbre manga de Yukito Kishiro, Gunnm. Une fois de plus, Landau et Cameron ont repoussé les limites du possible à l'écran, alors que Rodriguez explorait le vaste monde d'une histoire qui, il l'espère, est inspirante à la fois pour le public et pour les cinéastes (Photo ci-dessus, de gauche à droite : John Landau, Robert Rodriguez et James Cameron).

Le producteur exécutif Jon Landau s'est entretenu récemment avec SYFY WIRE par téléphone depuis Tokyo où lui et Robert Rodriguez sont en tournée promo pour Alita. En plus de sa longue relation avec David Cameron, il évoque le long parcours du projet jusqu'à l'écran, les défis technologiques auxquels le trio a fait face pour adapter cette épopée, et la possibilité d'une suite.

1 — Alita raconte un peu la façon dont les jeunes ont peut-être plus de pouvoir qu'ils ne pensent pour influer sur le cours d'un monde, qui apparaît déroutant et menaçant. De quoi parlait cette histoire au début du processus, et de quelle manière le temps passé l'a-t-il rendu peut-être encore plus pertinent qu'en 1999 ?

Jon Landau — Vous avez parfaitement saisi le topo. Jim Cameron et moi sommes tous deux des pères, et il avait d'abord souhaité réaliser le film car il avait à l'époque une fille de 8 ans. Il voyait cela comme une histoire pour lui faire comprendre que peu importe ce qu'elle pensait d'elle-même à ce moment-là, tout cela n'avait pas d'importance, et qu'elle avait en elle la capacité de devenir quelqu'un, de cultiver sa différence, d'être unique et de ne pas se conformer à ce que les autres voulaient qu'elle soit.

Vous n'avez pas besoin de super-pouvoirs pour devenir un héros. Il y a un héros à l'intérieur de chacun de nous. C'est une réalité qui nous porte. Cela ne concerne pas uniquement les filles mais n'importe qui. Nous avons tous ressenti cela à un moment ou un autre de nos vies, garçons ou filles, hommes ou femmes. Nous rappeler qu'à l’intérieur de nous réside la capacité à prendre le contrôle de soi et de faire la différence.

2 — Il y a deux ans, vous aviez fait une présentation d'Alita depuis le plateau de tournage qui était très ressemblante à ce que l'on voit à l'écran. Était-ce seulement un témoignage de ce que James Cameron et Robert Rodriguez voulaient faire, ou une démonstration de leur détermination, à une époque où les screen tests et les interférences des studios peuvent souvent avoir une incidence sur le résultat final ?

La démonstration de leur détermination. Une des choses que je raconte toujours au sujet des films de Jim (James Cameron, NDT) — c’est la première fois que je travaille avec Robert — c’est qu'il assimile un objectif au centre d'une large cible, qui peut être très loin de vos préoccupations au début du processus de tournage, mais qu'il ne perd jamais de vue —qu'il soit en production ou en post-production, ou en ceci ou en cela.

Moi-même en tant qu'ancien producteur exécutif d'un grand studio, j'ai vu des films pour lesquels quelqu'un proclame en plein milieu du tournage que « mmh ça devrait être plus drôle » ; Et alors quelqu'un d'autre essaie de rendre ça drôle, alors qu'il ne s'agit pas du tout d'une comédie ! Donc, toujours garder un œil sur le centre de la cible.

Jim, Robert, Rosa (Salazar) et moi-même avions les mêmes objectifs. Le centre de la cible était de rester fidèle au monde créé par Yukito Kishiro. C'est un engagement que nous avions pris envers lui, et nous ne voulions pas — j’utilise ce mot — « Hollywoodiser » sa création. Nous allions en faire la version cinématique, ce qui pour moi sont deux choses différentes. Et nous avons gardé l'œil là dessus.

3 — Pourquoi la création pratique (analogique, NDT) des décors était-elle si importante pour le film, alors que vous aviez eu tant de succès avec votre travail (numérique, NDT) sur Avatar ?

La différence entre Avatar et Alita, est qu'Avatar est un monde fantasque. Ce monde n'existe pas. Alita a lieu sur Terre. Une Terre du futur certes, mais qui ancre le film dans une réalité, qui donne aux acteurs quelque chose de tangible avec lequel interagir, et qui donne à Weta — la société des VFX — un norme qu’ils doivent s’efforcer d’atteindre avec leur effets spéciaux numériques.

4 — James Cameron se consacre de façon très précise à domestiquer la technologique. Mais le choix des grands yeux d'Alita est de toute évidence un hommage au manga. Comment l’équipe de tournage voit-elle des choix comme celui-ci, pris a rebours de l'ingénierie ? Suffit-il de dire simplement « c'est de la SF » pour couper court ?

Dans nos films, de manière très générale, nous essayons de créer notre propre point de vue scientifique ('Science Fact', NDT). Pas forcément quelque chose qui existe dans notre monde, mais qui réside dans la manière dont nous le présentons, comment nous l'installons et l'établissons. En réalisant des yeux plus grands nous avons aussi dû concevoir le visage, les cheveux qui encadrent ce visage, pour arriver à une image agréable, qui installe le personnage avec empathie. Nous avons appris grâce à Avatar que nous pouvons créer des personnages avec de tels yeux, parce que certains Na'vi et certains avatars en ont.

5 — Robert Rodriguez a en premier parlé du motorball qui figure dans le troisième tome du manga, alors que le scénario original de James est principalement axé sur les tomes 1 et 2. Parlez-nous du choix de l'intégrer dans l'histoire, et comment s'est faite la mise en place et la création de ce sport ?

Lorsque Jim réfléchissait sur quelle histoire raconter d'après le vaste monde créé par Yukito Kishiro, il choisit de se concentrer sur l'histoire originelle, celle des deux premiers ouvrages du manga. Mais après avoir considéré le reste, il sentit qu'il y avait quelque chose de vraiment très cinématique à propos du motorball, et il voulait trouver un moyen de capter cela pour ouvrir le style visuel du film. Dans ses scripts, Jim utilise toujours l'action pour servir le personnage. Donc pour lui, la clé résidait à tisser des instants du personnage, des points de narration qui justifient la raison pour laquelle elle doit faire du motorball et ce qui se passe quand elle y est — Que ces gars en avaient tous après elle etc.

Cela nous a donné l’occasion de reprendre quelque chose que Kishiro avait dessiné dans la page, en mode illustration, et de le mettre en mouvement avec ce que j’appelle le point de vue scientifique (le fameux 'Science Fact', NDT). Et quand nos designers ont conçu les joueurs de motorball, ça fonctionnait ! Leur mécanique est logique du point de vue de la physique. Ils sont très réalistes.

Ensuite on s'est dit que nous allions tourner sur une de ces pistes de roller derby à l’ancienne, avec une équipe de roller derby pour faire quelques scènes. Mais nous n'arrivions pas à obtenir la vitesse que nous souhaitions, entre 100 et 200 kilomètres à l'heure environ, sur une piste beaucoup plus grande. Nous nous sommes donc tournés vers un mix de capture de mouvement pour certaines actions et d’animation pure, afin de vraiment augmenter la vitesse à l'écran.

6 — Parlez-nous de ce qui a été fait pour donner concrètement aux acteurs et figurants une idée de cette intensité et de cette excitation ?

Nous nous sommes surtout concentrés sur nos acteurs principaux plutôt que les figurants. Que donnons-nous à Christoph Waltz ? À Rosa (Salazar) ? À Keean (Johnson), qui étaient tous présents sur le circuit ? On leur a d'abord montré des pré-visualisations, des story-boards, puis des illustrations pour qu'ils saisissent le pourquoi de la rapidité du jeu, l'ampleur et de la mesure du stade, car en fait nous ne dirigions qu'environ deux cents personnes en arrière plan, mais la dimension du stade est beaucoup plus vaste dans le film. Nous avons donc été obligés de leur faire comprendre.

En fait, c'est quelque chose que nous avions commencé dès les screen-tests de Rosa. Je lui avais demandé de passer et je lui ai montré une bande démo de 12 minutes que nous avions assemblée pour représenter la totalité du film, afin qu'elle puisse comprendre le monde dans lequel ces scènes se déroulent. Parce que les screen tests se faisaient sur une scène que nous n'avions pas encore construite, nous utilisions des sons, des éclairages et d'autres trucs encore pour qu'elle comprenne le monde dans lequel elle se trouvait.

7 — Y a-t-il eu des scènes que vous avez finalement tournées entièrement, alors que vous pensiez n'utiliser que des images de synthèses (CGI) ?

Le gyrocycle est un bon exemple. Non, nos gyrocycles n'avaient pas de moteur pour les faire tourner, mais nous avions de vrais gyrocycles complets, sur le plateau de tournage, comme accessoires, pour habiller la scène. Des objets qu'on pouvait placer sur un chariot pour les déplacer. Ainsi, lorsque les personnages se rendent pour la première fois en ville et que Alita se retrouve avec avec Hugo sur le gyrocycle, nous les tractions vraiment dans les rues d'Iron City. Nous avons juste remplacé la roue par un effet visuel. Mais pour le reste, ils sont vraiment comme à vélo et ressentent cette sensation de traverser la ville.

8 — La prise de contrôle de Fox par Disney semble tracer un point d’interrogation sur la possibilité d'une suite. Cette histoire est-elle finie, et quelle attente avez-vous quant à la progression dont vous aviez parlé à travers ce long récit ?

Et bien en premier lieu, nous avons toujours d’abord pensé le film en terme d'histoire finie. Nous pensons que le film doit être efficace. L'analogie que j'ai décrite avec la vie et la capacité à devenir quelqu'un fait que le film se termine d'une certaine façon pour Alita. Mais c'est comme quand vous obtenez votre Bac, tout n'est pas fini pour vous. Il y a plus à faire. C'est ce que nous essayons de dire avec ce film. Elle a une vie, qu'elle va mener après le film.

Maintenant, nous avons toujours considéré que le public décidera s'il veut une suite ou non. Et puis ce film est le genre de propriété intellectuelle que Disney n'a pas dans son arsenal. Et je pense qu'ils se félicitent de l'avoir, quelque chose en plus de l'univers Marvel ou de celui de Star Wars. Je suis donc très optimiste quant à la position de Disney. Les cadres que j'ai rencontré là-bas et qui ont vu le film ont tous été très positifs à ce sujet, alors je pense que tout va bien.

Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly et Mahershala Ali. Actuellement en salles.

 

Source : Todd Gilchrist pour SYFY. Traduit et adapté de l'Américain.
Image : Tinseltown / Shutterstock.com / 1306273141 / Usage éditorial 


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