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On a vu Hérédité

Le film phénomène d'Ari Aster sort en salle. Notre impression, sans spoilers.

Hérédité

« Hérédité est le film d'horreur le plus dément depuis des années » (USA Today), « Un chef de l'oeuvre qui va changer la donne dans l'Horreur » (The Playlist), « Une fantaisie d'horreur domestique au cœur sombre, irréprochablement conçue, et qui comme son réalisateur est destinée à laisser sa marque » (The Hollywood Reporter)... Les commentaires de la presse américaine au dernier Festival de Sundance ont mis la puce à l'oreille de tout le monde à propos de la dernière production A24, la société new-yorkaise actuellement dans la hype, déjà à l'origine de films très intéressants comme Under the Skin, Ex Machina, Moonlight, It Comes at Night, et bientôt Under the Silver Lake. Hérédité (Hereditary) du new-yorkais Ari Aster en prend-t-il le chemin ?

Le film est sorti vendredi au États-Unis et se place en quatrième position du box office derrière Ocean's 8, Solo et Deadpool 2. Les avis récoltent 92% d'opinions favorables sur Rotten Tomatoes (public) et 87 sur Metacritic (professionnels), ce qui est excellent, mais un mauvais D+ sur Cinemascore (sorties de salles). Un indice traditionnellement plus favorable au Blockbusters. Or l'Horreur et les films indépendants sont actuellement évoqués comme refuge contre le manque de créativité des grands studios.

On a vu Hérédité, alors wtf ?

Une histoire de famille

Une famille traditionnelle —père, mère, garçon et fille— aménage dans une maison habitée par l'esprit terrifiant de son ancien propriétaire : ce pitch pourrait à peu de choses près correspondre à une très grande majorité des films d'Horreur. La différence ici est qu'on a enlevé le folklore et qu'on a reconstruit un film. Voilà la plus grande prouesse d'Ari Aster, au scénario et derrière la caméra. 

À commencer par la famille. Quelle bien étrange famille que les Graham, étrangère les uns aux autres, malgré leurs bouffées de chaleur occasionnelles, et que on trouve finalement incroyablement réelle. On se surprend à ne pas s'étonner de ce qu'il leur arrive.

Le cast est très bien. Alex Wolff (Jumanji Bienvenue dans la jungle, My Friend Dahmer) est beaucoup plus présent que ce que la promo du film laissait entrevoir. Gabriel Byrne (Miller's Crossing, Vikings), Ann Dowd (La servante écarlate) et la jeune Milly Shapiro font parfaitement le job. Mais c'est Toni Collette (Sixième Sens, Little Miss Sunshine) dans le rôle de la mère de famille qui porte véritablement  le film.

Un film ouvert

Certains commentaires, visiblement d'aficionados du genre, ne trouvent finalement pas le film si effrayant que cela. C'est qu'il n'y a presque pas de jump scares dans Hérédité. J'en ai compté 2, le site wheresthejump en répertorie « 8 mineurs et aucun majeur ». C'est toute la différence entre frayeur et peur. La frayeur est dans le tête, la peur est au ventre. Une terreur de situation qui se distille lentement et avance crescendo. On a pu parler de slow motion horror movie (« Horreur lente ») pour The Witch, autre production A24, il y a de cela aussi avec Hérédité. 

Hérédité est parfaitement ouvert à un public qui n'est traditionnellement pas celui de l'Horreur. 

Les racines du mal

Ces sensations tiennent du « comment ». Avec Hérédité, on se pose rapidement la question du « pourquoi ». Mais que se passe t-il à l'écran ? De quel ordre tiennent les événements auxquels nous assistons pendant ces deux heures ? Vendetta familiale ? Attaque de forces maléfiques ? Spiritisme mal contrôlé ? Simple folie ?

La fin est complètement folle, il fallait oser, elle impressionne. Elle est aussi absolument nécessaire pour boucler le récit. Nous sommes loin de  « c'est bon tout le monde a eu sa dose de sensations, rendez-vous au #2 ». En caricaturant à peine. Pas étonnant que la presse US s'emballe.

Hérédité de Ari Aster avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro et Ann Dowd. Sortie dans les salles le 13 juin 2018
 

Image : Press Kit © Metropolitan FilmExport


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