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De Game of Thrones à Overlord, comment être un méchant mémorable par Pilou Asbæk

Interview avec Pilou Asbæk, où on croise Euron Greyjoy, Wafner, Dennis Hopper, Christoph Waltz, Andy Serkis et d'autres.

Pilou Asbæk

Auteur: Tara Bennett


Si vous aimez les grands méchants, vous aimez Pilou Asbæk. Qu'il incarne un méchant biblique comme Ponce Pilate dans la version 2016 de Ben Hur, ou qu'il ravage les Îles de fer (et Westeros) dans le rôle d'Euron Greyjoy de Game of Thrones chez HBO, l'acteur danois laisse toujours cette durable impression de terreur. Et la série continue avec Overlord chez Bad Robot [la maison de production de J.J. Abrams, NDT], où Pilou Asbæk incarne un nazi terrifiant, Wafner.

Et bien nous pouvons attester, avec reconnaissance, que Pilou Asbæk ne ressemble en rien aux terribles personnages qu’il a interprété dans toutes ces  productions internationales, au cinéma et à la télévision. Quand nous l'avons rencontré au Fantastic Fest d'Austin au Texas, l'acteur était plutôt joyeux et rayonnant (et avec la gueule de bois) après le succès de l'avant-première d'Overlord la nuit précédente. Charmant et sincère, le Danois explique à SYFY comment il a abordé ses rôles récents de méchants, en jouant sur les clichés, et la façon dont Game of Thrones a changé sa vie.

SYFY — Dans Overlord, vous jouez le rôle d'un nazi qui est au pinacle des méchants au cinéma. Avez vous vous fait des recherches pour ce personnage ?

Pilou Asbæk — Non, je ne me suis pas beaucoup préparé avec celui-ci. La raison est qu’il est très « un personnage intérieur, vu de l’extérieur » ['From outside, inside character'. Pilou Asbæk fait référence à des méthodes d'acting. L'Inside out définit les motivations psycho-émotionnelles du personnage, et l'Outside in s'attache à sa forme perceptible, sa voix, son langage, ses mimiques, NDT].

Tout est dans l’uniforme. Il était donc très important pour moi de déterminer qui il serait dans les 25 premières secondes. Lorsque nous entrons quelque part, nous scannons la pièce dans les 20 premières secondes, en pensant : « je vais parler à cette personne. Pas intéressé par celle-là ». Nous faisons la même chose quand nous regardons des films.

Tous les types de nazis ont été joué au cinéma, mais avec Wafner, vous réussissez encore à surprendre le public et on se surprend à se demander pendant un moment « est-il vraiment horrible ou pas ? »

Oui, c’est parce que quand j’ai rencontré pour la première fois le réalisateur Julius [Avery], neuf mois avant le début du tournage, je lui ai dit : « Julius, je veux vraiment faire ce film avec toi. Et ça n'a rien à voir avec le script de Billy [Ray] ou Mark [Smith], mais à chaque scène, nous allons faire exactement le contraire. La raison pour laquelle nous allons faire cela, est que ce sera encore plus un cliché. Nous devons travailler avec le cliché. Nous devons faire du cliché notre force ».

Il y a une raison pour laquelle un cliché est un cliché, il y a du vrai dedans, il a fallu le chambouler. Nous avons dû le faire charmant et amusant, pas comme [Euron] dans Game of Thrones.

Oui, Wafner n'est vraiment pas Euron.

Ce sont deux personnages très différents. La seule comparaison possible est qu'ils sont tous les deux diaboliques. N'est-ce pas n*m de Dieu de superficiel ? Ce sont juste deux hommes. « Allez, maintenant vas-y. S'il te plaît » [rires].

Pilou Asbæk

Pourquoi avez-vous récemment adopté des personnages aussi diaboliques ?

Je ne veux pas être pris dans les mêmes rôles. Je veux changer. Mais je ne suis pas sur mes terres, au Danemark. Chaque fois que je veux jouer un héros, je rentre chez moi et je joue dans un Drame. Dans le cinéma danois, je joue tout pour de vrai. Quel que soit le type de film, aussi stupide soit-il, je prends les prémisses comme si elles étaient réelles. Et j'essaie de jouer aussi tridimensionnellement que possible.

Après tout est question de collaboration. Je dis toujours ça quand je « fais un méchant ». Pour le dire rapidement, j'ai une discussion avec le ou les acteurs principaux et le réalisateur, et je leur dis : « C'est un travail d'équipe. Personne n'est supérieur au lien le plus faible. Vous êtes le rôle principal dans ce film ? Mon travail consiste donc à vous faire briller. Et pour que je puisse vous faire briller, j’ai besoin d’un personnage qui ne soit pas idiot, car plus le méchant est fort, plus le vous serez aussi ». Il n'y a rien de pire que les méchants unidimensionnels. Si le méchant est un miroir, où l'antagoniste est un miroir du protagoniste, c'est encore plus fort.

Aviez-vous à l'esprit la dimension du méchant lorsque vous jouiez Wafner ?

L’un des personnages les plus horribles que j’ai jamais vu est dans Blue Velvet de David Lynch, où Dennis Hopper joue Frank Booth. À un moment donné, il inhale de hélium, ou de la drogue ou quoi que ce soit. Et je fais quelque chose de similaire dans la scène avec Chloé [Mathilde Ollivier], pour rendre un hommage [à Booth/Hopper], parce que je le trouve incroyable. Et la veste en cuir est un hommage à Christoph Waltz dans Inglorious Bastards. Je voulais les faire entendre : « Les gars, nous savons que nous nous basons sur la réalité, mais faisons un petit détour ».

Les prothèses (effets spéciaux de maquillage, NDT) qui transforment Wafner dans le film vous ont-elles aidé à faire évoluer le personnage ?

Oui, j'ai quatre ans de théâtre à la National Prop School de Copenhague au Danemark. Dans un des cours nous avions dû construire notre propre masque, pour créer un personnage, puis faire une Commedia dell'arte avec ce masque. Il n'y a pas cette tradition dans les films américains, ils ne pratiquent pas ce genre de choses.

Dans Overlord, question masque, je me suis dit que je devais changer de corps. Du « cliché nazi avec le pardessus en cuir », il devait ressembler véritablement à un monstre à la fin. Non seulement mentalement, mais aussi physiquement. J'ai donc pris des cours particuliers avec Andy Serkis [spécialiste des rôles de créatures, comme César dans La planète des Singes, NDT].

C'est intéressant, en quoi vous a-t-il aidé ?

Il m'a demandé : « Okay Pilou, qu'est-ce que tu veux faire ? ». J'ai répondu : « Andy, je n'ai jamais fait ce genre de transformation, et toi tu as fait tous ces films incroyables ». Alors il m'a dit : « Tout est une question de décisions. Plus vous prenez de décisions, plus vous aurez de liberté ».

Vous avez beaucoup attiré l’attention ces dernières années avec vos rôles de premier plan à Hollywood. Qu'est-ce que ces expériences vous ont apporté ?

J'ai été complètement béni. Je n'ai fait que des films internationaux au cours des trois dernières années. J'ai travaillé avec Morgan Freeman, avec Scarlett Johansson, et avec le casting principal de Game of Thrones. J'ai travaillé avec beaucoup de gens incroyables et talentueux. Et vous savez ce qu’ils ont tous en commun ? Ils sont tous très gentils. Des gens biens qui veulent juste raconter de bonnes histoires.

Game of Thrones se termine avec le tournage de la dernière saison cette année. Comment était-ce de clore cette série avec cette distribution ?

Je suis arrivé à la saison 6, j'ai eu 2 saisons, principalement. Comme disait Stanislavski, le père de tous les théâtres : « Il n'y a pas de petits rôles, seulement des petits acteurs ». Peu importe la taille d'un personnage, la façon dont vous le faites est importante. Et on peut voir l'impact [d'Euron] dans la saison 7. J'ai trois ou quatre scènes, mais je les mène. Je l'aime. J'ai aussi de superbes scènes la prochaine saison.

Avez-vous ressenti l'impact de ces rôles sur votre carrière ou sur votre popularité dans le monde entier ?

Ghost in a Shell  a changé beaucoup de choses, tout comme Game of Thrones. Mais Game of Thrones est tellement énorme ! J'étais au Chili quand j'ai été intercepté par la sécurité. Je pensais « Holy sh*t ! ». Je me sentais comme un criminel. Je n'avais rien fait mais je me sentais comme un criminel. Alors ils m'ont dit : « On vous adore dans Game of Thrones. Pouvons-nous avoir une photo avec vous ? ». Et ils ont fermé toute la frontière ! Personne ne pouvait entrer dans l'aéroport au Chili pendant 10 minutes, pendant que je prenais des photos [rires]. Là, vous savez que ça s'est répandu partout.

Game of Thrones est la plus grande série sur Terre. Probablement la plus grande série de tous les temps. Et à ce moment j’ai vraiment eu cette impression « Holy f*king sh*t, mec ». J’étais un énorme grand fan de Game of Thrones, je voyais tout. Et du moment où j'en ai fait partie, je n'ai plus vu une seule seconde.

Vous avez arrêté de regarder ?

Oui. Pas une.

Voulez-vous faire un gros binge à la fin, et tout regarder ?

Peut-être que je vais devenir un de ces acteurs égoïstes et je vais juste regarder mes propres scènes, parce que je suis trop paresseux [rires].

 

Source: Tara Bennett pour SYFY. Traduction et adaptation de l'Américain.
Images : Markus Wissmann / Shutterstock.com / 1130887883 et 1130887745 / Usage éditorial


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