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En direct du Festival d'Angoulême : notre rencontre avec Robert Kirkman

Le créateur de Walking Dead, mais aussi d’Invincible, Oblivion Song et Outcast, est à l’honneur durant le Festival de BD d’Angoulême. Nous l’avons rencontré…

Auteur: Piero


En plus d’une magnifique exposition consacrée aux œuvres majeures de sa carrière, Robert Kirkman a joué le jeu des questions/réponses lors d’une masterclass. Le duo est revenu sur les différents projets de Kirkman. L’auteur a répondu sans concession et avec beaucoup d’humour.

Aux origines

Le scénariste prolifique aime narrer des histoires qui se passent dans des coins reculés des États-Unis. Que ce soit dans Walking Dead ou Outcast, les protagonistes évoluent dans un monde rural. Originaire du Kentucky, Robert Kirkman explique ce choix : « C’est plus facile d’écrire sur ce qu’on connaît. Sinon, il faut faire des recherches et ce n’est pas amusant ! La plupart du temps, les gens qui écrivent des histoires dans le milieu rural ont des préjugés négatifs. Sûrement parce qu’ils n’y ont jamais vécu. Pour moi, j’aime ce sentiment de communauté. Même si parfois, c’est un peu embêtant que tout le monde sache tout sur tout le monde. » Bercé aux comics de Spider-Man dans les années 90, l’auteur est avant tout un fan du média. Il a même lancé en 2017 une série de documentaires sur l’industrie, L’histoire secrète des comics, dans lesquels intervenaient Stan Lee, Todd McFarlane, Patty Jenkins… « C’est un sujet fascinant, ajoute-t-il, le public américain ne connaît pas tout ce qu’il s’y passe. Ils connaissent Stan Lee, mais ils pensent qu’il a créé Superman ! . Ça permet de mettre en lumière d’autres auteurs qui ont participé activement dans la création de ces personnages, comme Jack Kirby, Steve Ditko, qui sont trop souvent oubliés. » Il ajoute que les coulisses sont toutes aussi intéressantes que les histoires publiées. Alors qu’il n’a que treize ans, il est frappé en 1992 par le lancement du label Image Comics par sept auteurs majeurs de Marvel. Kirkman apprend qu’il est possible d’être le propriétaire de ses créations et de réussir. « Mon père avait sa propre petite entreprise. Au moment où il essayait de me faire comprendre qu’il était important d’être son propre patron, pour éviter de se faire licencier par exemple, mes sept héros de l’industrie des comics me montraient la même chose. C’est une sacrée coïncidence. Durant mon adolescence, j’ai donc non seulement appris à écrire, découper, créer des histoires mais aussi à la publier et les vendre, tout en gardant le contrôle. »

La paternité et la violence

On retrouve deux thèmes abordés en parallèle dans l’œuvre de Robert Kirkman : la filiation et la violence. « J’espère qu’elles ne sont pas forcément connectées ! Quand j’ai commencé à écrire Invincible, j’avais vingt ans. C’est l’âge où on s’aperçoit que ses parents ont des défauts. Ils ont parfois déformé la réalité pour nous protéger. Dans ce comic book, le héros Mark Grayson découvre que son père est un alien qui est là pour conquérir le monde. C’était donc mon interprétation de la découverte de sa famille. ». Dans Invincible et Walking Dead, la violence est omniprésente. Souvent de manière très graphique. « Mon style est rempli de moment chocs, de révélations. La violence est un outil parfait pour ce genre d’écriture. On peut la faire monter crescendo, on peut la faire surgir sur une page. Ça m’aide à donner une énergie au récit. »

Les zombies, encore des zombies

Le scénariste en a un peu marre de Walking Dead. Même s’il a été conquis très jeune par ce genre horrifique, il est content que le comic book s’arrête. « Je suis un fan de George Romero et de sa trilogie de films sur les zombies. J’aime à dire que Robert Kirkman est à Romero ce que Stephenie Meyer (l’auteure de Twilight) est à Bram Stocker. », ajoute-t-il en riant. « Pendant des années, on a répété que j’avais pompé plusieurs choses pour écrire Walking Dead. Comme ce flic qui se réveille alors qu’il y a eu une invasion zombie. Mais de mon côté, je n’avais pas fait la connexion avec des films comme 28 jours plus tard ou Le Jour des triffides. Je me trouvais brillant ! (rires) ». Par la suite, Walking Dead a captivé ses lecteurs car tout pouvait arriver. « Je voulais que cette série ait des enjeux. N’importe qui pouvait mourir. Mais pour ça, je devais faire murir les protagonistes pour qu’on s’y attache et qu’ils meurent soudainement ». Le scénariste est pris à son propre piège lorsqu’il écrit la mort d’un des personnages. « Je pleurais dans l’avions alors que je prenais des notes pour écrire cette scène. » Une mort qui a profondément marqué le récit d’après son auteur. « À ce moment du récit, la communauté dirigée par Rick peut faire aller saluer ce personnage agonisant. Pour moi, c’est un tournant. Ça montre que la société qu’ils essaient de bâtir fonctionne. Elle leur permet d’être plus humain. Ce n’est plus : il est mort, on passe à autre chose. Il a un processus de recueillement. » Et une suite à Walking Dead, demande le public lors d’une cession de question/réponse ? « Si je suis ruiné, je reviendrai peut-être avec des histoires de Walking Dead à proposer aux lecteurs… Ou si jamais, créativement, je sens un besoin irrépressible d’écrire la suite. J’ai laissé les choses ouvertes. Mais Charlie Adlard, le dessinateur de la série, et moi-même sont très heureux de cette fin. » Entre les trois séries TV Walking Dead et Outcast, Kirkman est présent dans les médias. Il ne va pas s’arrêter là. « Nous avons annoncé le casting vocal de la série animée Invincible l’année dernière. C’était un peu tôt mais je peux vous confier que les premières images seront diffusées d’ici l’été. » Il ne reste plus qu’à être patient…

Photo : © DR


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