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En direct du futur : le Cyberpunk est-il déjà notre quotidien ?

Le 16 avril prochain Cyberpunk 2077 va lourdement frapper le monde du RPG. Pourquoi les dystopies imaginées dans Neuromancien ou Blade Runner ont-elles autant la cote ? Peut-être parce qu’elles avaient vu juste !

Auteur: Jean-Pierre Michalon


Né au tournant des années 80 sous la plume de William Gibson, le « cyberpunk » aurait pu devenir un genre de science-fiction ringard, coincé dans une époque où l’avenir s’imaginait à la lumière des téléphones portables, pesant un kilo, accrochés aux oreilles des traders de Wall Street, des looks post-punk à la sauce MTV de Billy Idol ou des « prouesses » graphiques du Atari ST. Cette imagerie était encore très présente dans le jeu de rôle sur table (« pen’n paper ») Cyberpunk 2020 conçu par Mike Pondsmith en 1988. Objet d’un culte discret pendant plus de 25 ans, son adaptation en jeu vidéo en... 2020 est peut-être le plus gros événement pop de l’année. Pourquoi ? Parce que le cyberpunk n’est jamais mort et que, plus le temps avance, plus ses prophéties deviennent des réalités. Le Japon a entretenu l’incendie dans les années 90 (Appleseed, Ghost in the Shell et un millier d’autres anime et mangas) pour les initiés, puis Matrix a fini d’imposer le genre au grand public en 1999. Tous les moins de cinquante ans savent aujourd’hui instinctivement de quoi parle Alita : Battle Angel, Ghost in the shell, Blade Runner 2049, Ready Player One, Black Mirror, Mr Robot, Altered Carbon ou Almost Human.

No Future technologique

Pourquoi ces fictions trouvent aujourd’hui un tel écho alors que Blade Runner ou Tron demeuraient totalement incompris en 1982 ? Peut-être parce qu’il est banal au 21ème siècle d’acheter en boutique l’équivalent d’un super calculateur de la fin des années 60... qui tient dans la poche. L’avenir se conjugue également avec un réseau informatique qui relie toute la planète instantanément créant des enjeux de cyber sécurité de plus en plus délirant. La figure énigmatique du hacker d’antan, du « net runner », fait aujourd’hui la une des journaux, qu’il soit un lanceur d’alerte ou un cyber criminel de réputation mondial. Le cyberpunk est aussi caractérisé par un effondrement écologique et par des gouvernements qui ont jeté l’éponge face à des corporations surpuissantes. Cela ne vous rappelle rien ? Là où Mike Pondsmith imaginait les constructeurs d’armes dominant le monde, ce serait sans doute les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) qui jouent aujourd’hui ce rôle.

Fusion Homme + Machine

Mais à l’échelle de l’individu, peut-on déjà voir des humains « augmentés » ? Des intelligences artificielles ? De la robotique de pointe ? Des cerveaux reliés à des ordinateurs ? Partout ! Quand les universités japonaises restent obsédées par la création d’un humain artificiel convaincant, les américains de Boston Dynamics commercialisent déjà leurs quadrupèdes et épatent avec leur prototype de bipède :

En attendant d’avoir directement des informations qui s’affichent sur notre rétine, vous pouvez déjà vous procurer des lunettes qui enregistrent photos et vidéos et les restituent sur les verres. Peu de gens mesurent également la révolution qu’entraine les technologies d’imprimante 3D. Sans parler de membres bioniques, un réfugié dans un camp humanitaire peut aujourd’hui obtenir une prothèse dans des délais et des coûts inimaginables il y a encore dix ans. On pourrait également rester sceptique quand à la possibilité de relier le cerveau humain à un ordinateur et concrétiser un des fondements technologique du cyberpunk. L’interface neuronale directe, même si encore expérimentale, permet à des grands paralysés de déplacer un curseur sur un écran par la pensée et des recherches fructueuses sont menées pour aider des handicapés à contrôler des membres artificiels ou pour traiter des problèmes d’élocution.

La réalité augmentée enfin s’installe progressivement dans notre quotidien nous conduisant irrémédiablement vers ces gigantesques publicités holographiques si typiques des paysages urbains cyberpunk. De quoi inspirer certains artistes, dont Keiichi Matsuda, qui nous rappellent que ces technologies risquent avant tout de nous asservir au commerce...

Photos : © 2018 CD PROJEKT S.A. Tous droits réservés.


Tags: Cyberpunk   Blade Runner   Mike Pondsmith   William Gibson   Boston Dynamics   neuronal interface  


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