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Interview : les secrets de fabrication de Peter Jackson

Comment Peter Jackson et son équipe adaptent des gros romans, et pourquoi il n'aurait pas fait Game of Thrones.

Peter Jackson

Auteur: Jordan Zakarin


Besoin d'aide pour adapter un roman sur grand écran ? Les techniques de Peter Jackson et de son équipe de co-auteures, Fran Walsh et Philippa Boyens, sont à observer de près.

Au début de ce siècle, Peter Jackson et son fidèle collectif de cinéastes néo-zélandais ont fait ce que l'on pensait auparavant impossible : transformer les romans Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien en une série de films qui gagnent des prix. Avant eux, ces romans fantasy très appréciés avaient été jugés trop denses, trop épiques et trop visuellement ambitieux pour pouvoir être montrés à l'écran. Mais Jackson et ses collègues scénaristes ont été en mesure d'en déchiffrer le code, avec l'aide de quelques principes d'une simplicité trompeuse.

Ils appliquèrent ensuite ces principes pour adapter sur grand écran le roman contemporain Lovely Bones, puis le récit d'aventures original de La Terre du Milieu de Tolkien, Le Hobbit. Les deux livres sont très différents, mais nécessitaient néanmoins les mêmes traitements (leur version de King Kong de 2005 était un remake de film et non une adaptions, et qui posa ses problématiques propres). Le dernier film de l'équipe de Stone Street Studios, Mortal Engines, est une nouvelle adaptation d'un livre à l'écran, le premier d'une saga de quatre romans, écrits par l'auteur britannique Philip Reeve, et qui envisage une future Terre détruite dans laquelle les villes installées sur des plates-formes mobiles gigantesques, et qui traversent la campagne à la recherche de villes plus petites à piller.

Fran Walsh, Peter Jackson et Philippa Boyens aux Oscars 2004.

Fran Walsh, Peter Jackson et Philippa Boyens aux Oscars 2004. Featureflash Photo Agency / Shutterstock.com / 99052466 / Usage éditorial

Peter Jackson et son groupe ont appliqué ces quelques règles simples mais cruciales :

L'expérience de la lecture

« Quand vous adaptez un livre, au moment de l'adapter, vous aurez pris soin de l'avoir lu 10 ou 15 fois, de l'avoir lu par fragments, et de l'avoir lu en dans les deux sens, avant/arrière », explique Peter Jackson à SYFY Wire. « Je trouve vraiment important de rappeler cette première expérience de lecture. Pourquoi aimez-vous ce roman ? Qu'est-ce qui vous a vraiment plu la première fois que vous l'avez lu ? ».

Cela devrait aller de soi, mais une fois qu'un scénariste s'est plongé dans un récit - en particulier un roman d'heroic fantasy de plusieurs volumes - il peut parfois s'enliser dans les détails spécifiques du monde fictif, et se concentrer de façon exagérée sur la transmission de ses nombreuses règles, ou des phases éphémères sans fin de l'adaptation.

Cela est particulièrement tentant quand une œuvre a une base de fans déjà conséquente, très protectrice voire enragée. Dans de de nombreux cas, ces explications et cette construction du monde doivent être contrebalancées par le plaisir du public le plus grand.

La confiance du public

« A la fin, vous devez vous soucier des personnages à qui cette action arrive ; Et là y a une astuce », ajoute Philippa Boyens. « Cette astuce consiste a dire que vous commencez toujours dans un monde qui est assez compliqué à comprendre. Jusqu'à quel point faites-vous confiance à votre public pour le comprendre, pour ne pas le submerger, ne pas sur-expliquer, et ne pas l'écraser avec des quantités d'informations (exposition, exposé) édifiantes et douloureuses ? ».

Il y a beaucoup d'exposés dans Mortal Engines,comme on pourrait s'y attendre pour un film se déroulant sur une terre extrêmement différente, dans le futur. Il faut simplifier. Avec le réalisateur Christian Rivers les co-auteurs ont supprimé des points principaux de l'intrigue et coupé certains personnages, ce qui a modifié l'orientation des intrigues secondaires, et même des scénarios principaux. Ainsi Thaddeus Valentine, le principal opposant de Mortal Engines, trouve une sorte de boussole morale à la fin du roman, mais il reste le principal méchant du film, interprété par Hugo Weaving.

Sacrifices

« C'est un récit intéressant, et cela fonctionnerait vraiment bien si on avait écrit une série télévisée, mais quand le récit hésite, on ne peut pas pas le faire avec un film », continue Philippa Boyens, offrant un ainsi un exemple des sacrifices à consentir pour un film. Un film nécessite très souvent des arcs d'histoire plus simples, surtout dans les gros blockbusters.

Notons que ce n'est pas une règle en soi, et ils ont été en mesure de prendre cette décision en sachant que de toute manière, d'éventuels prolongements futurs de la franchise seraient toujours viables. Ceci parce que l'auteur Philip Reeve a terminé depuis longtemps la série de romans, et a rédigé une feuille de route qu’ils pourraient ajuster en cours de route. Pour Peter Jackson, c'est l'élément le plus crucial.

Game of Thrones : l'incertitude

« Mon idée du cauchemar dans le métier de cinéaste ressemble à la situation de Game of Thrones, dans laquelle vous adaptez des romans mais où l'auteur ne sait toujours pas comment il va y mettre fin, et donc vous devez avancer sans connaître la fin », avoue Peter Jackson. « Du point de vue de l'insécurité cela me ferait un peu peur ».

Bien qu'il n'ait pas à eu à s'inquiéter d'un auteur ayant un penchant pour la procrastination chronique, Peter Jackson a dû faire face à une certaine incertitude. Les circonstances dans lesquelles lui et son équipe se sont retrouvées étaient un peu différentes de celles de leurs projets antérieurs, quand ils avaient eu la possibilité (au moins, éventuellement) de produire plusieurs tranches à la fois de leurs franchises, du Seigneur des Anneaux et du Hobbit. Cette fois-ci, il n'y avait aucune garantie qu'il y ait de futurs prolongements, ils ont donc dû faire avec.

Franchise

« Nous avons fait ce film en partant du principe que nous espérons pouvoir faire les trois autres. Nous façonnons et prenons des décisions dans Mortal Engines que nous savons très importantes pour les histoires à venir », déclare Peter Jackson. « Parce si vous n'êtes pas familier avec les livres, il y a certains événements particuliers dont vous ne comprenez pas la signification, ou certains personnages, ou de choses qui s'en réfèrent. Si nous arrivons finalement au film numéro trois, alors tout prendra son sens ».

Sur les trilogies Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux chaque film a été traité comme un élément de la structure en trois actes, ce qui signifie le spectateur devait regarder les trois pour vivre l'expérience complète. Cette fois-ci, ils devaient satisfaire le public en un peu plus de deux heures, ce qui exigeait une pratique plus poussée de la discipline qu'il leur avait été enseignée il y a des années.

« Les films doivent être comme un repas complet », explique Philippa Boyens. « C'est ce qu'Alan Horn (Président des Studios Walt Disney, NDT) a toujours dit à propos du Hobbit. Vous avez l'impression d'avoir pris un repas complet après avoir vu le film, pas comme si vous attendiez toujours le prochain plat, pour ainsi dire ».

 

Source : Jordan Zakarin pour SYFY. Traduit et adapté del'Américain.
Image de couverture : Peter Jackson, Featureflash Photo Agency / Shutterstock.com / 380578996 / Usage éditorial 


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