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THE MAGICIANS : PLUS FORT QUE HARRY POTTER ?

La question prête à sourire s’agissant d’une série fantastique de niche face à un best-seller adapté en huit blockbusters parmi les plus adulées et lucratifs. Pourtant, The Magicians (saison 4 en exclusivité sur SYFY), avec son public patiemment fidélisé, explose tous les codes avec une désinvolture et une originalité inédites…

Auteur: Jean-Pierre Michalon


Les séries lancées par SYFY ont souvent démontré que la qualité ne résidait pas toujours dans un casting prestigieux ou un budget battant tous les records. Rien qu’en matière de science-fiction, on attend toujours la série qui fera mieux que Battlestar Galactica… Et dans le domaine de la fantasy, les cinq saisons de The Magicians se sont imposées discrètement au fil des saisons comme véritablement révolutionnaires dans le genre. Il est difficile d’échapper à la comparaison avec Harry Potter qui a su populariser de façon monumentale les fées, les baguettes et les créatures magiques. Seulement là où Harry Potter a érigé une mythologie pétrie de codes figés, la saga littéraire de Lev Grossman ­– et plus encore sa version télévisée – semble jouir d’une liberté jusqu’ici insoupçonnée dans le genre.

 

De la psychologie

Mais en quoi The Magicians peut-il être comparé à Harry Potter ? De jeunes héros découvrent l’existence d’un monde magique notamment à travers une école. Si Lev Grossman n’a jamais caché l’influence de J.K. Rowling sur son travail, nous avons affaire ici à des jeunes adultes aux prises avec les conséquences de la magie sur le monde réel. Prenez le début des Reliques de la Mort, lorsque Harry Potter et ses amis doivent se fondre dans le monde des moldus pour échapper aux mangemorts. Cette ambiance réaliste, anxiogène même, pourrait donner le ton à toute la saga de The Magicians. Le traitement des personnages en particulier fait preuve d’une modernité sidérante. Les clichés au sein des groupe de jeunes héros américains volent ici très vite en éclats. La bimbo, le studieux, le sportif… laissent la place à des figures complexes et torturées. La dépression par exemple est traitée de façon tout à fait sérieuse (avec la magie comme source !), tout comme le viol, décrit avec toutes ses conséquences à long terme, des années avant l’affaire Weinstein. Et que dire de l’orientation sexuelle des personnages, loin de tous les clichés qui en font un passage obligé aujourd’hui dans les fictions pour ados. Oubliez l’homosexuel ou la lesbienne qui servent ordinairement de “caution“. Dans The Magicians, les personnages versent presque tous dans l’ambiguïté.

De la graine de série culte

Mais c’est avant toute au niveau des concepts et de la liberté de ton que The Magicians se démarque de l’intégralité de la production actuelle. Toute la vie de deux personnages relatés en un seule épisode ? Check. Une saison complète sans magie ? Check. Échapper à une situation impossible, dans différentes dimensions, en entonnant en chœur Under pressure de Queen ? Check… Et ce n’est qu’un aperçu de ce monde peuplé de lapins gouailleurs, d’hommages improbables à Taylor Swift, ou de magiciens qui réinventent l’art de l’incantation avec un langage des signes original ou des chorégraphies aussi fun que WTF. À ce titre, les showrunners de la série (dont John « Profit » Mcnamara et Sera « Supernatural » Gamble) poursuivent comme personne l’héritage de Chris Carter ou Josh Wheadon, capables, en ces années 90 dorées de dynamiter les conventions en transportant Mulder et Scully en plein film noir des années 40 ou en privant de parole les héros de Buffy contre les Vampires durant tout un épisode. Dans The Magicians, ce genre d’audace, c’est toutes les semaines sur SYFY !

 

Photo : © 2015 NBCUniversal. All Rights Reserved


Tags: The Magicians   Lev Grossman   Harry Potter   J.K. Rowling   John McNamara   Sera Gamble   Chris Carter   Josh Wheadon  


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