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Westworld pour de vrai, c'est pour quand ?

La science derrière la fiction : sommes nous loins des androïdes de Westworld ?

Ewan Rachel Wood

Auteur: Josh Weiss


Les androïdes rêvent-ils de révolution violente contre leurs créateurs humains ? C'est l'une des questions à laquelle  Westworld veut répondre. Basée sur le film de 1973, écrit et réalisé par Michael Crichton l'auteur de Jurassic Park, la série de science-fiction de Jonathan 'Jonah' Nolan (frère de Christopher) et sa femme Lisa Joy se déroule dans exactement 30 ans dans le futur, où des parcs à thème sont remplis d'androïdes, qui n'existent que pour satisfaire les plaisirs et les vices les plus hédonistes de l'humanité : sexe, violence... à vous de voir.

Westworld est un de ces parcs, créé par Delos Incorporated, avec une vision romancée du Far West, remplie de cow-boys, d'indiens, de hors-la-loi et de voleurs de trains. Les androïdes humanoïdes ou « hôtes » occupent cet espace et peuvent être maltraités à la guise des clients humains du parc, sans poser de questions. Petit problème : ces robots acquièrent la conscience de soi à la fin de la première saison, et commencent à massacrer leurs maîtres humains en toute impunité. La saison 2 débute alors que la rébellion bat son plein, menée par Dolores Abernathy (Evan Rachel Wood - photo).

A l'heure où l'on parle partout d'Intelligence artificielle (IA), découvrons la part de vérité scientifique qui se cache derrière la fiction.

Avertissement : Spoilers pour les saisons 1 et 2 de Westworld à partir d'ici !

Nous avons interrogé David Eagleman, un neuro-scientifique de renommée mondiale, consultant scientifique sur la série, sur la véritable science qui se trouve derrière la complexité de la machine. Professeur adjoint à l'université de Stanford, il est l'auteur de plusieurs essais sur l'esprit humain, comme 'Incognito: The Secret Lives of the Brain'. Eagleman y a puisé quelques-uns des concepts que Westworld aborde, ainsi que sur le niveau d'exactitude souhaité par les showrunners et les scénaristes de la série.

À quel point le niveau d'intelligence artificielle de Westworld est proche de nous ?

« Nous n'en sommes nullement proches, même vaguement », déclare David Eagleman, ne laissant planer aucun doute. « L'IA attire beaucoup l'attention sur des choses comme AlphaGo (en 2015, premier programme informatique à battre un joueur professionnel à un jeu, le Go, NDT), ou quand elle bat un champion d'échecs, ou quand elle est capable de catégoriser des milliards de photos très rapidement. Car de nos jours ce à quoi l'IA est essentiellement bonne, c'est la catégorisation (le classement NDT), dire par exemple 'ceci est une image de chat et ceci une image de chien', des choses comme ça. Bien qu'elle soit surhumaine dans sa capacité à catégoriser, l'IA ne peut faire des choses comme s'orienter dans une pièce complexe, ou ramasser facilement des objets, ou exprimer des manipulations sociales avec le langage ».

Ce qui manque vraiment à l'IA, c'est la capacité d'apprendre des expériences passées, et de les appliquer à de nouvelles situations. D'une certaine manière, l'ordinateur le plus avancé n'est même pas aussi intelligent qu'un enfant en bas âge :

« Je peux montrer une papaye à un enfant de trois ans, lui dire 'voilà une papaye', et il l'enregistre. Il y a encore un fossé énorme entre le fonctionnement des cerveaux humains et ce que la meilleure IA peut actuellement faire », dit-il.

Les robots pourront-ils atteindre un point où ils nous considèrent comme inférieurs, et se dresser contre nous ?

Selon Eagleman, deux courants de pensée intellectuels existent sur le sujet. Un groupe croit que si l'IA devient proche ou égale l'homme au cours des prochaines décennies, ce sera grâce à l'extension de la technologie que nous avons maintenant. Le deuxième groupe, auquel Eagleman fait partie, dit que pour que l'IA devienne vraiment similaire aux humains, nous devons partir de la conscience, et penser d'une manière très différente de ce que signifie d'être humain.

« Nous devons découvrir des choses entièrement nouvelles, et des nouvelles façons de penser ce sujet, afin de créer une IA qui a ses propres désirs et ses propres motivations, jusqu'à se soucier de choses comme l'organisation d'une révolution », dit-il.

Le professeur Eagleman ajoute que l'esprit est intrinsèquement une collection de facteurs contradictoires, qui rendent la matière et la sensibilité de la machine encore plus complexes. Est-il logique de vouloir construire un robot habité par des doutes, des peurs, des regrets et plus encore ? Cela le rendrait moins efficace. Mais si nous voulons créer des IA à notre image, nous devons alors lui implanter toutes les comportements qui nous rendent humains.

Imaginez que quelqu'un place une assiette de biscuits au chocolat sous votre nez. D'un côté, vous aimeriez tous les manger ; mais une autre partie de votre cerveau vous retient, parce que vous savez que ce n'est pas raisonnable. Alors la première partie de votre cerveau revient à la charge pour conclure une bonne affaire : en vous promettant que irez au gymnase si vous les mangez. Ces conflits internes sont cruciaux pour ce que nous appelons la conscience ('sentience' NDT), et pourtant ce seraient des inconvénients s'ils devaient être programmés dans une machine.

« Avec Jonah et Lisa, nous ne savions pas si les hôtes devaient être à ce niveau, et puis nous avons réalisé que c'était exactement ce qui se passait avec eux », dit-il. « Par exemple, quand Maeve monte dans le train pour quitter le parc. Elle a la liberté de partir dans une direction —ce qu'elle veut vraiment— mais le souvenir de sa fille tire sur sa manche dans l'autre sens, et elle descend finalement du train. Elle est en conflit, et c'est très humain d'être en conflit. Ce n'est pas comme ça que nous programmons les IA actuellement. Personne ne construit une IA qui dirait : 'Hum, je suis vraiment déchirée. Je devrais faire ceci, ou je devrais faire cela ?'.  C'était plutôt cool de construire de telles machines (dans Westworld NDT) ».

Qu'y a-t-il de si difficile à reproduire le cerveau humain ?

« Le premier défi est que le cerveau est la chose la plus compliquée que nous ayons jamais trouvé sur cette planète », déclare neuro-scientifique, « et le deuxième défi est que nous n'avons pas, à ce stade, une compréhension de son fonctionnement. Il y a beaucoup de petites pièces, de partie et de sous-parties sur lesquelles nous travaillons tous, mais si quelqu'un vous dit comprendre le fonctionnement du cerveau humain, il ment ».

Pour réaliser une simulation du travail de l'esprit humain, on doit scanner un cerveau réel au niveau microscopique, puis ré-assembler le tout. Simple, non ? Selon David Eagleman, « il s'avère que cela prendrait un zettabyte (un milliard de milliards de gigabytes NDT) en capacité de calcul, ce qui équivaut à la capacité totale de ce qu'il y a sur la planète en ce moment ! ».

Encore une fois, il existe différents courants de pensée sur la meilleure façon d'imiter la façon dont un cerveau humain pense. Si nous arrivions à comprendre ce qui le fait tourner au niveau le plus fondamental, un Westworld pourrait bientôt ouvrir près de chez vous. Eagleman compare cela à la façon dont l'humanité a découvert l'aviation. Si vous regardez un oiseau planer et comprenez les principes de l'aérodynamisme, vous n'avez pas à construire d'ailes à plumes. Au contraire, vous pouvez construire quelque chose qui suit les mêmes principes scientifiques du vol d'un oiseau. Une approche similaire est actuellement appliquée pour faire progresser l'IA.

« Dans un sens, la course à l'IA essaie de comprendre si nous pouvons contourner tout ce truc biologique et humide, pour simplement comprendre ce que sont les principes de l'intelligence, les mettre en place de cette façon —et nous avons placé beaucoup d'espoirs là dessus les dernières 60 années— mais jusqu'à présent, ça n'a pas marché ... Il y a encore un énorme fossé entre le fonctionnement des cerveaux humains et ce que notre meilleure IA peut faire actuellement  ».

Jusqu'à quel point les showrunners veulent-ils que les concepts scientifiques de la série soient exacts ?

En fin de compte, sacrément précis, puisque Eagleman a eu un débat de six heures avec Nolan, Joy, et le pool des scénaristes sur les robots et le libre arbitre.

À l'instar de ce que Steven Spielberg a fait avant de lancer Minority Report au début des années 2000, les showrunners voulaient vraiment que la technologie présentée soit viable, et de ce que nous pourrions réaliser au cours des trois prochaines décennies.

« Une des questions est de savoir en quoi sont faits les cerveaux des hôtes, parce que leur cerveau n'est évidemment pas constitué de matière charnue ('meaty stuff' NDT). C'est quelque chose à laquelle nous devons répondre pour créer une nouvelle technologie du futur, qui n'existe pas, tout en restant réaliste... La série a lieu 30 ans dans le futur, ils sont donc toujours à l'affût de toues sortes de technologies vraiment futuristes qui pourraient servir leur but ».

Et effectivement Eagleman a inventé quelque chose dans son laboratoire qui sera utilisé dans la saison 2. Il ne peut cependant rien dire sans spoilers, mais il révèle que cela avait quelque chose à voir avec les mercenaires militaires amenés par Delos pour écraser l'insurrection androïdes : 

« Il ne serait pas correct pour moi de le révéler. C'est quelque chose porté par les mercenaires militaires privés. Une technologie qui leur permet d'être plus efficace. Envisageons ce que les militaires pourraient porter dans 30 ans, et vous avez la réponse ».

Quel est l'élément les plus farfelu de la série ?

Curieusement, la chose que Eagleman considère comme la partie la plus saugrenue de la série d'un point de vue scientifique n'a rien à voir avec le cerveau ou la sensibilité, mais est lié à la musique.

« Il y a un petit artefact, et je ne pense pas qu'ils m'en voudront en le disant, c'est le piano », dit-il. « Au Far West, les pianos étaient alimentés par celui qui s'y asseyait et appuyait sur les pédales, parce que bien sûr il n'y avait pas d'électricité. La partie la plus loufoque est que le piano joue tout seul ».

La saison dernière, le pianiste du saloon de cette petite ville du Far West avait interprété à sa manière des chansons venant du futur, comme Black Hole Sun de Soungarden, No Surprises de Radiohead, ou Paint it Black des Rolling Stones. Juste ce qu'il fallait pour nous rappeler que c'était lui qui se trouvait bel et bien dans le futur.

 

Source : Josh Weiss pour SYFY
Image : Miro Vrlik Photography / Shutterstock.com / 29016934 / Usage éditorial 


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